Brèves d'Istanbul

D'Istanbul je tente de dresser le tableau de mon année Erasmus. Découverte d'une ville, d'un pays, de personnes. Une année qui s'annonce riche en expériences. Pour les photos c'est une autre adresse, mes capacités en informatique étant limités : clooo30487.skyblog.com

22.10.06

22 octobre 2006

Un îftar à Sultanahmet. Hier soir, on est allés à Sultanahmet manger du künefe d’Antakya. Pour ceux qui se demanderaient ce qu’est un künefe, sachez que c’est un dessert absolument délicieux, fait avec des cheveux d’ange, du miel (comme partout en Turquie) et du fromage fondant à l’intérieur. Le tout est servi chaud et c’est un régal.

Cela m’a permis de découvrir Sultanahmet pendant l’îftar, il était temps me direz vous puisque le Ramazan se finit ce soir. Là bas il y a foule de gens qui forment un mélange assez hétéroclite puisque les touristes côtoient les Turcs pratiquant le Ramazan. Les femmes voilées sont en proportion très importante. Entre les deux mosquées (Mosquée Bleue et Sainte Sophie), des dizaines de stand sont implantés. Cela fait peut penser à un marché de Noël. Dans ces stands on vend de tout. La majorité ont des « terrasses » à l’arrière des bicoques sommairement installées.

C’est dans une de ces cabanes que l’on commande notre künefe, puis qu’un serveur nous guide jusqu’à une recouverte d’une nappe. On s’installe sur les tabourets en plastique et l’on attend notre dessert. L’ambiance est géniale entre la vue sur la Mosquée Sainte Sophie entre les arbres et la musique d’un concert qui se passe un peu plus loin et qui provient jusqu’à nous. Naturellement on se régale mais on se déclare vite vaincu. Parce que le künefe mine de rien, ça remplit pas mal l’estomac surtout quand on a mangé avant !

Alors on marche dans Sultanahmet. Balade digestive entre les deux mosquées. Elles sont magnifiques toutes éclairées de lumières qui scintillent dans la nuit. Entre deux minarets de la Mosquée Bleue est accrochée une banderole de lumières, un peu comme les décorations de Noël, sauf qu’il est écrit quelque chose à propos de la religion et du Coran. Ca et là des vendeurs de pop corn, de sucettes datant de l’Empire Ottoman, de barbes à papa, de dürüm…

On reprend le tram pour rentrer et on s’arrête en passant à Eminönü. Tarik et son cousin en voyant des stand de poisson ont une soudaine envie de poisson. Soit, on descend. Entre les pêcheurs et la route par encore encombrée, juste à la sortie du tram, on s’assoit sur des petits tabourets presque à même le sol. Juste à côté le Bosphore et ses eaux clapotantes sur lesquelles se reflètent les mille et une lumière de la ville. On repart pour prendre le tram.

Dans le passage souterrain où grouille le jour la foule des piétons, quelques échoppes de vêtements de contrefaçon encore ouvertes commencent à plier bagages. Les autres sont fermées par des rideaux de fer. Et au lieu d’avoir des centaines de pull Dolce Gabana et autres marques qui jonchent le sol, ce sont les plastics, cartons et déchets en tous genre qui forment des montagnes ça et là dans le passage souterrain, attendant d’être ramassés. Ces tas d’ordures qui envahissent les rues sont aussi une réalité d’Istanbul qu’il ne faut pas nier. Comme il n’y a pas de poubelles dans les rues, c’est le soir que tous les déchets s’entassent. Alors commence pour certain un travail de tri sélectif puisque quelques personnes récupèrent du carton par exemple pour pouvoir le revendre.

Ce soir je prends le bus pour Bodrum, en bordure de la côte égéenne, au Sud Ouest de la Turquie. Trois jours de vacances…

15.10.06

15 octobre 06

A la une des journaux turcs cette semaine deux évènements se partagent la vedette.

L’un concerne Orhan Pamuk et son prix Nobel de littérature. Curieusement il ne rallie pas les gens à sa cause et certains l’accusent d’être vendu à l’Occident en ne fonctionnant que par marketing puisque le prix s’élève quand même à 1,3 milliards de dollars. En fait les gens lui reprochent surtout de ne pas assez s’engager dans ses pensées et ses actions et voient plutôt en ce prix comme un signe de la part de l’Académie suédoise l’incitant à rentrer dans le rang plutôt que d’en sortir.

L’autre évènement, un peu moins intellectuel, plus politique, concernant davantage les relations franco turques, c’est le projet de loi adopté par l’Assemblée Nationale (dont on a d’ailleurs pu constaté combien ses sièges étaient garnis) à propos du génocide arménien. Alors qu’en Turquie du fait de l’article 301 on peut être traduit en justice pour atteinte à l’identité turque, en France on va peut être pouvoir aller devant les tribunaux pour s’exprimer… Non pas que je nie le génocide qu’il y a eu, mais je me demande jusqu’où on peut aller pour acheter des votes dans la perspective des élections futures notamment … En Turquie une certaine unanimité contre cette loi apparaît dans les partis politiques de tout horizon et chez les intellectuels alors même que certains sont allés devant les tribunaux turcs pour avoir justement déclaré qu’il y avait eu un génocide au titre de l’article 301 du code pénal.

Du fait de cet engrenage médiatique, on peut voir le consulat français entouré de barricades de sécurité et des forces de police déployées en très grand nombre pour canaliser une manifestion dont les effectifs étaient (d’après ce que l’on m’a dit) nettement inférieurs aux forces en présence. Mis à part les titres des journaux et l’aspect sécuritaire qui vient juste d’être évoqué je n’ai pas été inquiétée outre mesure et puis de toute façon si on me demande quelque chose, sachez que dorénavant je suis belge !

C’était pour le côté actualité ; la vie stanbouliote continue. En d’autres termes c’est essayer de se lever tant bien que mal le matin alors qu’on est sorti la veille et qu’il faut bosser ses cours. C’est prendre les deux arrêts de tram puis le bus 25E ou 22 au choix, pour aller à l’université. Etre de temps en temps coincé dans les embouteillages pour se rendre en cours car Istanbul et en particulier le palais Ciragan (qui est à 500 mètres de l’université) reçoit Mme Merkel. Pour cette raison la police se met soudainement à régir la circulation, du coup au lieu d’arriver à Galatasaray en 10 minutes le bus en met 30… C’est trouver normal de voir des bus doubler des 4x4 par la droite et comme c’est soit l’un soit l’autre mais pas les deux véhicules qui ont la place et bien ça fait boum. Les passagers descendent comme si de rien n’était et les carrosseries sont bien endommagées. C’est boire son çay face au Bosphore et se dire qu’on a de la chance quand même d’être là. C’est s’improviser des soirées chez les uns chez les autres. C’est aussi continuer d’être réveillée à 4 heures du matin toutes les nuits pour cause de joueur de tambour (cf. précédemment). Et puis j’en passe bien d’autres …

En parlant du ramadan dans une semaine c’est fini. Et avec lui la « pide » achetée quotidiennement et aussi le tambour qui lui aussi quotidiennement me casse les oreilles… Dans une semaine c’est donc ce qu’ils appellent ici le « bayram », la rupture du jeûne. Pour cela on a droit à trois jours de congé (lundi, mardi, mercredi) et sûrement des cours allégés en fin de semaine. En effet la plupart des étudiants turcs rentrent dans leurs familles et en profitent pour faire le pont, espérons que les profs fassent de même. Pour nous le bayram est donc synonyme de vacances. On va sûrement aller à Bodrum sur la côte bien au Sud de la Turquie. Treize heures de bus pour y aller… Je vous en dirai sûrement plus dans pas longtemps.

7.10.06

6 octobre 06

Ceci sera consacré en partie au Ramadan, période dans laquelle Istanbul est actuellement plongée et à laquelle à moins d’être aveugle on ne peut échapper.

Le mois du jeûne commence il y a environ deux semaines et devrait se terminer dans les 15 prochains jours. En attendant, il est des rituels spécifiques à ce dernier qui rythment la vie stambouliote et ainsi ma vie de tous les jours, surtout dans le contexte où mes colocataires font le Ramadan.

Cela débute assez tôt le matin puisque comme chacun sait, le jeûne est de rigueur la journée mais pas quand le soleil est couché. Ma surprise est grande le premier matin du Ramadan quand à quatre heures du matin j’entends dans mes rêves le son des tambours. En fait ce sont des joueurs de tambour engagés par la mairie pour réveiller les jeûneurs afin de leur signifier qu’il faut qu’ils se lèvent pour aller manger. Le premier matin où l’on entend les tambours, cela fait très bizarre, le second aussi et puis au fur et à mesure, cela fait comme la prière de cinq heures du matin, on finit par ne plus les entendre. Ou plutôt on les entend mais on se rendort tout de suite après. Toute chose nécessite un temps d’adaptation.

On passe assez vite pour la journée type d’un jour de Ramadan, ce qui est intéressant c’est le soir juste avant la tombée de la nuit. A ce moment c’est l’effervescence dans les rue. C’est la ruée dans les rues pour acheter le pain du Ramadan cuit au four juste le soir. C’est en fait un paiun plat en forme de galette, qui est délicieux surtout quand il est frais et vient juste d’être cuit. Si l’on va vers les mosquées d’Eminönü juste avant l’îftar (la rupture du jeûne en turc), on peut voir de longues files d’attente devant des tentes montées par des bâches en plastique où sont distribués gratuitement des repas pour les plus pauvres. Bien sûr dans ces gens qui attendent on ne trouve pas que des fidèles puisqu’il m’est arrivé d’apercevoir des japonais…

Vers sept heures du soir le soleil laisse luire ses derniers rayons. Au loin ou tout près selon l’endroit où l’on se trouve le muezzin entame la prière du soir. Et dans les maisons alors que l’on s’active depuis une ou deux heures pour préparer le repas, on s’assoit, prend un gorgée d’eau et entame le repas par une datte ou une figue. Pour ceux qui travaillent, ils interrompent leur travail le temps de manger, d’autres s’arrêtent sur la route alors que ceux qui sont dans le bus sortent leur pain et l’entament.

2.10.06

29 septembre 06

Une semaine de rentrée universitaire à Istanbul…

Lundi. Lever très assez tôt. On est quand même en retard pour le bus, tant pis les voitures jaunes sont là pour nous venir en aide Au final ça sera un taxi qui nous emmènera à l’université.

Direction le secrétariat des études où une petite affichette nous dit que l’accueil des étudiants Erasmus se fera entre 9 heures et 16 heures. Il est neuf heures, on se prépare à entrer quand on aperçoit d’autres étudiants qui ont des têtes d’Erasmus. On se met à discuter. Finalement, il s’avère que le bureau n’ouvre que dans une demi heure. Turkish time, administration turque, appelez cela comme vous voudrez, c’est pareil dans tous les pays je crois. Quand enfin on entre dans ce fameux bureau ce sont toutes les tracasseries administratives qui nous attendent. Je vous passe les détails, là encore ça doit être du même style en France. S’en suit une mini réunion avec les Erasmus de Sciences Politiques et de Relations Internationales pour nous expliquer comment cela va se passer. On peut choisir nos cours dans tous les départements, la seule condition étant d’avoir suffisamment d’ECTS à la fin du semestre. On nous remet une liste des cours et après c’est carte blanche. Par contre ceci est en turc, cela n’est pas en français, ce cours si est en turc mais il pourrait être en français… Une fois notées toutes les modifications, on se met en quête des responsables des autres départements pour avoir le programme de leur cours et tenter de faire un choix parmi ces intitulés de cours aux noms alléchants pour la plupart. L’heure est bientôt venue de rentrer à la maison parce les bureaux ferment et les gens rentrent chez eux.

Le reste de la semaine se déroulant à peu près de la même façon, pas besoin de vous faire le décompte des jours. Cela se résume à assister aux cours que l’on a auparavant repérés et qui sont susceptibles de nous intéresser pour voir si le cours en question a l’air bien en vrai. Le plus souvent ces cours sont des introductions générales de ce quoi va être le cours et au bout d’une demi heure grand maximum, il est fini (les cours sont censés durer 3 heures). En lisant vous allez vous dire qu’ils n’en foutent pas une en Turquie ça mais en fait c’est le fonctionnement à peu près normal de la première semaine, normalement d’ici à lundi l’université devrait se mettre en rythme de croisière.

Cette première semaine pourrait aussi se résumer au casse tête qu’il en est de choisir ses cours, coordonner les horaires etc. Car l’objectif est que l’on rende notre programme de cours au responsable du département duquel on dépend. Quand le programme est rempli, il faut le faire signer, comme tous pleins de papiers d’ailleurs. Là aussi c’est assez folklorique et j’ai sans cesse l’impression d’emprunter à travers les couloirs de la fac le même labyrinthe que vit Xavier dans L’Auberge Espagnole : il faut courir après une personne pour avoir une signature, se retrouver à toquer contre un bureau fermé pour avoir une autorisation, effectuer des allers-retour entre la cafétéria et le bureau des relations internationales pour voir si nos cartes d’étudiants sont enfin arrivées et s’entendre dire que parce que l’imprimante est en panne, on a du utiliser l’imprimante à jet d’encre et elles sont en train de sécher… En même temps, me direz vous (en fait non parce que vous n’êtes pas là pour le voir ! ), la cafétéria se situant à sept mètres du Bosphore, l’attente n’est pas tellement longue puisqu’on ne se lasse pas de la vue privilégiée que l’on a. C’est aussi à la cafétéria qu’on rencontre les autres Erasmus et échange nos impressions.

Beaucoup de choses à vous dire dans ce message qui peut paraître aux yeux de certains un peu désordonné mais il faut que je vous raconte les péripéties pour avoir l’Akbil. Tout d’abord qu’est ce que l’Akbil ? C’est une puce électronique nécessaire pour tout Stambouliote qui se respecte afin de pouvoir voyager dans les transports en commun en tout genre. Le principe est simple : comme les cartes magnétiques en France, on presse la puce à l’endroit approprié et une petite musique se déclenche pour signifier que l’on a bien composté. Les choses se compliquent légèrement quand on n’a pas l’Abkil en question et que l’on à faire avec les transports en commun d’Istanbul. En effet, il n’existe rien qui soit universel à sauf l’Akbil. Ainsi pour prendre le tram, bateau et métro, il est nécessaire d’acheter des jetons tandis que pour les bus… C’est encore plus compliqué : il y a deux compagnies de bus : IETT et HOH (ou quelque chose comme ça). Compagnie publique et privée. Avec les bus IETT il faut acheter des billets en vente dans des cabines blanches mais pas partout, c’est à dire qu’il faut prévoir son ticket retour la plupart des cas. Pour HOH le titre de transport s’achète dans le bus directement. A noter que les chauffeurs de bus ne sont pas autorisés à vendre les billets. Sans Akbil donc, quand on veut prendre le bus il faut avoir son ticket tout en prenant le risque de devoir payer dans le bus puisqu’on ne sait jamais quelle compagnie ça va être. Ainsi c’est galère et prise de tête et l’Akbil se révèle être le précieux sésame qu’il faut avoir. Cependant quand on est étudiant (car il y a un tarif étudiant), il faut que l’université remplisse un papier comme quoi on est scolarisé et que l’on remplisse un formulaire (en turc) qui est à retirer à la scolarité. Comme l’administration c’est international, une fois que l’on rentre dans le bureau et que la secrétaire daigne nous regarder et comprendre qu’on lui demande le formulaire de demande de l’Akbil, on remplit le dit formulaire, colle la photo et on le lui rend pour qu’elle mette tous les tampons (trois en tout pour une demi feuille A4), ensuite même pas le temps de papoter dans le bureau, il est seize heures trente et la scolarité ferme. Il faut à présent se rendre à l’office de l’IETT. On s’engouffre à cinq dans un taxi, direction Karaköy. Malheur quand on arrive là bas il est cinq heures passées de dix minutes et naturellement le bureau est fermé il nous faut revenir demain… Heureusement qu’on a tous les papiers.

Le lendemain donc on se rend à l’office. Après être passé à trois guichets (un pour vérifier l’identité, le second pour payer la carte et le dernier pour donner le formulaire pour avoir la carte), on récupère la carte de réduction pour l’Akbil, reste maintenant à mettre l’Akbil, c’est à dire la puce. Quand on arrive à un endroit où ça se vend, comme par hasard ils n’en ont plus et il faut aller autre part. Arrivée en face d’un employé de l’IETT je lui tends ma carte, plus 56 YTL (le prix de la caution de la puce et de l’abonnement au mois) et je regarde l’homme installer l’Akbil. L’opération finie il me rend ma carte dotée de sa toute nouvelle puce électronique et je me sens stambouliote à part entière puisque tous les moyens de transport me sont accessibles sans avoir à me demander s’il faut un ticket, jeton ou tout simplement de la monnaie !

Beaucoup d’autres choses à vous dire, et ce soir cela fait une semaine que le Ramadan a commencé. Là aussi c’est toute une histoire et quand j’aurai un peu de temps je vous en ferai part, surtout que vivre le Ramadan à Istanbul et avec des colocs qui le font c’est assez intéressant.